Transcorsica 2000
Journal de Bord de la Transcorsica 2000
Nous allons vous relater l’aventure de 8 hommes et femmes passionnés de nature, de chevaux, et de vie, recherchant avant tout la simple joie d’être là, rare privilège, sur Les Hautes Terres de la Corse.
Lundi 1 Octobre 2000 a.m
Le point de ralliement, Manso à Barghiana, au Nord-est de Porto, niché au cœur de la vallée du Fango.
Là, Francis Léandri nous attends, se voulant convivial, rassurant, flanqué de Manu sont assistant qui s’active et vérifie les bardâts et accessoires importants recommandés lors de notre inscription au voyage. Manu nous présente enfin nos montures : Premier geste d’affection, curieux regards réciproques entre deux compagnons de route. Quel est celui des deux qui juge l’autre dés l’instant. . . Suis-je assez fort d’apparence pour lui donner confiance ? …
Nos chevaux Corses s’appellent Alba (l’aube) pour Jean-Louis l’hôtelier Corse, Moru (le Maure) pour Marc le Ferronnier d’art de Ste Lucie de Tallano, le village des artisans, Libecciu ( 20 ans le Vent du Sud) celui de Francis notre guide, Unita (Unité ; Message d’espoir ?) celui d’Élisabeth notre Pharmacienne des Pyrénées, Tempu (le temps) pour Michelle la Parisienne amoureuse de la Corse, Orone( du nom d’un village Corse)notre cheval de bât, Foccu (le feu) le cheval d’olivier l’aide soignant de ST Denis , Undella (la douce vague) la jument grise de Martine notre Suissesse, invitée de marque, et Falco (le faucon) celui de Fabienne, aucun autre cheval ne pouvait être plus conforme à sa cavalière.
L’œil vif , ils expriment leur corsitude. Ils seront dans cette aventure nos confidents, témoins silencieux des faiblesses ressenties, lors d’un pas incertain au creux d’un sentier escarpé ou d’une montée sans fin sur un chemin de ronde, ou bien encore, partenaires d’un galop joyeux ou d’une halte au bord d’un cours d’eau . Rustiques compagnons dont le calme rassure.
Lundi 1 Octobre 2000 PM.
16h à Barghiana(800m) Petit village entre mer et montagne où retraite se passe humblement. La route sinueuse, précipice inquiétant sur la rivière (Fango) bientôt en crue, s’y arrête. Plus loin la nature domine, impressionnante à l’aplomb des maisons ; Orée de ronciers, frontière végétale marquant, agressive , la limite des monts. Mission de réconfort, douce caresse du destin qui nous encourage, Humanisme naturel des insulaires, nous sommes accueillis à bras ouverts par François Santucci et sa fille, visiblement heureux, tous deux, de nous démontrer cette Corse au cœur discret et chaud, au sourire simple et au regard inquiet de savoir que rien ne nous manquera. Leurs visages brillent de cet orgueil satisfait, car l’accueil selon la tradition familiale aura été prodigué sans compter et sans retenue. La table est riche, le vin est bon, terrible eau de vie. On s’attarde gaiement, écoutant le récit des années précédentes, aux aguets de l’anecdote remarquable que l’on raconte. Le gîte qui nous héberge pour la nuit, dernière référence du monde moderne est situé à quelques kilomètres de là, niché dans un décor enchanteur que la nuit dissimule. C’est le dernier comptoir et le bar est garni, nos coudes s’y usent de rires et d’histoires jusqu’à tard dans la nuit. . .Intimité Chaude de nos sacs de couchages, hermétiques, facilitant en cela le partage des sommiers . . .
Mardi 2 Octobre 2000
07h00 Un petit déjeuner en commun nous attends, sous la tonnelle surplombant la rivière. Le méandre forme là un petit lac où l’on devine l’ambiance estivale des projecteurs argentant la roche lisse et des terrasses aménagées de parasols et bancs de pierre, les pieds sur l’herbe rase et la table garnie par notre hôte, une mélodie des Muvrini résonne encore. Nous partageons la collation avec un touriste randonneur Bruxellois, distingué et solitaire, choix du hasard, spectateur privilégié de nos préparatifs et envieux du destin qui nous porte. 09h tout est prêt pour le vrai départ, nous saluons avec émotion la famille Santucci , promettant de les retrouver, tous les deux l’an prochain, poignée de main franche, embrassades amicales et nous voilà partis sous l’œil approbateur de François. Notre esprit résonne encore des encouragements de Manu qui sait avec précision l’aventure qui nous guette. Les sabots résonnent sur le dernier macadam marquant l’état et le moral de chacun, nervosité ou nonchalance. Premières politesses . . .Chacun veut y mettre du sien pour qu’on se coordonne au rythme de Francis qui nous invite à lui marquer le pas.
09h 30 Barghiana (210m) Ca y est, nous pénétrons dans l’au-delà des ronces, cherchant , repères de pierres amoncelées selon la tradition, la civilisation qui aurait pu marquer son passage avant nous. Les regards se croisent et se confient, les rires font vraiment connaissance, on s’observe et se rassure de la faiblesse de l’autre, mimétisme immédiat nivelant les niveaux. Une fusion s’opère . Francis, l’œil inquiet vient au coté de chacun d’entre nous, l ‘air de rien, cherchant avant tout à vérifier que tout notre bardât soit en place et pour nous répéter quelques précieux conseils sur le rythme ou la respiration.
Nous voilà donc partis. La gaieté vient du cheval de bât, Orone trotte, joyeux, en avant de la troupe. Nous nous dirigeons vers l’énorme masse de rocaille qui s’amplifie à mesure de nos pas. Le Fango roule des eaux claires au fond du ravin assombri par les feuillages et couvre notre lente cavalcade, comme pour camoufler, effacer un peu notre présence de ces lieux peu fréquentés. On est heureux d’être discret au cœur de cette nature. Chacun imagine déjà l’épreuve qui nous attends et le plaisir que l’on aura à découvrir, depuis les sommets, ces vertes vallées sous ce soleil radieux. La piste forestière se transforme très vite en sentier rocailleux puis en éboulis, laissant à peine entrevoir un passage, infime lien entre les plaines habitées et les hautes cimes sauvages et désolées. Nous grimpons doucement, soufflant, souffrant et riant à la fois, heureux, dans cet univers d’histoire et de beauté, conscients du rare privilège. Tout au long de notre voyage nous apprendrons, par des gestes simples à respecter cette nature si jalousement préservée.
12h30 a Bocca di Capronale (1329m) : Nos yeux sont rivés sur le sol incertain , nous grimpons lentement, 1100 mètres de dénivelé pour atteindre le premier sommet. Trois heures d’ascension dans l’effort vite oublié à chaque fois que le regard se fixe sur l’horizon où sur les cimes alentours. Toujours aux aguets d’une réaction imprévue de notre cheval qui nous étonne à chaque difficulté surmontée sans sursaut, nous comprendrons très vite que rien ne peut entamer le moral de cette race de Chevaux : Ignazio Danti, XVI° , célèbre cartographe qui peignit la Corse au plafond du Vatican disait alors : « L’île de Corse a reçu quatre dons majeurs de la nature : Ses Chevaux que les princes tiennent en la plus haute estime. . ., ses Chiens , terribles gardiens d’une montagne impénétrable. . ., ses Hommes fiers et courageux . . ., et ses vins generossimi, . . . ».
Dans l’ascension nous croisons deux muletiers, leurs montures n’ont plus de bardât. Nous saurons plus tard qu’à l’aube à peine naissante ils sont partis déposer du ravitaillement pour notre prochain campement au refuge de Puscaghia.
13h Nous arrivons enfin au col de Capronale, halte promise, belvédère de l’entre-monts. Un pin gigantesque protège un petit sanctuaire in mémoriam. Dévotion ou Superstition , Francis allume une bougie prés de la croix, mémoire des hommes pour une famille de bergers foudroyés en cet endroit. C’est notre premier repas en pleine nature et chacun cherche sa place, sur un rocher plat ou sur une touffe d’herbe rase, évitant avec soin les épineux. Nous partageons gaiement le saucisson « maison » de Francis, son fromage et des fruits, réservant le quignon de la pomme aux chevaux. Avides d’espaces, de rares perspectives, comme des girouettes folles nous scrutons l’horizon tout azimut. Nos yeux sourient de voir ce paysage qui semblait nous attendre, impassible nature qui du haut de ses fortes épaules nous dévoile son ventre, au fond de la vallée, et plusieurs même, d’où l ‘on est. Fier de sa Corse, Francis rigole de notre surprise, nous promettant des « tout à l’heure » encore plus grands . . .
14h, le vent se lève un peu et l’altitude nous averti de la fraîcheur du soir qui risque de nous surprendre, Francis nous dira souvent : « Aio chi c’adda pidda a notte », réveillant ainsi nos ardeurs émoussées par une marche usante ou ralenties par un paysage sur lequel l’œil et la photo s’attardent, une rivière à boire , un arbre ou un rocher d’étrange architecture et d’équilibre instable, majestueux phénomène du destin. Nous dévalons une pente abrupte sans tracé précis, veillant à nos montures dociles, jusqu’à nous engouffrer sous une forêt d’hêtraie, sans accès, depuis longtemps oubliée. Une piste se dessine parfois, un cours d’eau asséché que l’on emprunte un court instant.
18 h Enfin le refuge de Puscaghia, dans la brume humide des hauts plateaux qui oblige à se satisfaire de cet abri précaire. Le rituel du campement est à apprendre et Francis nous guide ce soir là dans tous nos gestes ; enlever le bardât, dessangler de deux trous et attendre la demi-heure pour desseller les chevaux . Nous remplissons les « bujacha » (sacoche de nourriture individuelle pour nos montures) que nos chevaux attendent, impatients et rompus à ce rituel. Nous déployons une bâche qui couvrira la sellerie pour la nuit et enfin chacun choisi son lieu de couchage, dans cette bergerie, prés de la cheminée ou à la belle étoile. Le bardât déballé chacun se lave, à tour de rôle, venant se réchauffer prés de l’âtre qui crépite. Fabienne notre « Cordon Bleu » (voir Corse Gourmande) , compagne de voyage, nous prépare un plat de lentilles aux lardons sur le feu de bois. Elle saura, tout du long, nous régaler, par cette science qui lui appartient, de ces plats rustiques et simples que l’on mangeait jadis, cueillant ça et là du thym citronné ou de la népita.
21h , Cette première longue marche nous a quelque peu enivré, l’oxygène et l’effort conjugués nous incline à dormir très tôt.
Mercredi 3 Octobre 2000
06h30 Francis se lève tôt, comme pour donner le ton. Il s’affaire déjà prés de la cheminée, ravivant quelques braises pour y chauffer la grande casserole d’eau. Fabienne éveillée réclame son café au lit du fond du son duvet, . . . Son seul privilège.
Les hommes se précipitent alors, chacun voulant participer à l’ouvrage du matin, les chevaux réclament leur « bujacha », le pain à griller, la table du petit déjeuner à dresser, beurre, confitures, miel. La ruche s’anime lentement jusqu’au désordre, presque à la frénésie quand il s’agit de boucler les bardâts individuels. Fabienne habituée aux randonnées avec Francis est chargée de remplir les bats veillant à leur équilibre qui permettra à Orone de trotter sans effort, d’un bon pas.
09h30. Nous quittons le refuge de Puscaghia, une demi-heure de marche mettra, comme la veille, les chevaux en train.
Nous chevauchons enfin en sous-bois, remontant la vallée de Calavalonda, nous nous dirigeons vers la Bocca de Gagnerola.
La piste que nous empruntons dans la vallée boisée , cachette des mouflons à peine entrevus, devient de plus en plus raide et par endroit fort escarpée. Nous mettons « pied à terre » devant la difficulté et attaquons lentement, patiemment, la montée extrême de Gagnerola (1833m) réalisant sur un sol incertain de courts lacets face à la forte pente de pierraille. La montée de la veille nous sera plus douce après celle-ci. Enfin nous y sommes, fiers et Maîtres de cet univers durement gagné qui nous est maintenant réservé.
13 h 30 La grande vallée du Golo, sous la Paglia-Orba nous fait très vite oublier nos souffrances et chacun d’entre nous a alors un élan vers Francis , comme pour le remercier d’avoir organisé ce spectacle.
Le temps est clair, aussi nous décidons de déjeuner sur place car la descente sera ardue, sur un pente très raide, faite de rochers en éboulis, sans sentier vraiment tracé, sauf le courage de tenter cette voie plutôt qu’une autre. Nos chevaux sont confiants et nous suivent sans jamais renâcler. Cette descente nous amène au Golo (1600m) que nous traversons sur le GR 20 , beau sentier balisé. Nous l’emprunterons quelque temps pour remonter vers le nord laissant au passage les bergeries de Tula, grimpant jusqu’au refuge de Ciottulu di i Mori, (2000m) sous les sommets de la Paglia-Orba et le Capu Tafunatu.
17h00 Le refuge domine une grande vallée perdue, un immense théâtre où la vie se déclinait, naturelle et heureuse prés de ces magnifiques cascades bordées de châtaigniers. Le refuge intact, lové dans un recoin de l’énorme rocher de pierre argentée, manteau inusable, dominant, protégeant la vallée de sa haute stature. Déjà rompus au rite du soir, chacun s’active à sa tache, attendant le dîner que Fabienne prépare avec tant de passion.
La nuit sera étoilée Francis, Fabienne, Marc et Martine profiterons de l’aubaine pour tenter la « Belle étoile » protégés des vents par l’enceinte de pierre de la bergerie. A l’intérieur Michelle, Elisabeth, Olivier et Jean-Louis s’accommodent de l’espace restreint pour dormir prés du feu qui crépitera jusqu’à 2 ou 3 heures du matin avant de laisser place à l’air vif qui pénètre par la porte restée ouverte. Solidarité marquée pour ceux du dehors.
Il est des endroits où l’on devine des ondes bénéfiques, héritage des générations heureuses ayant vécu ici, . . . Ni crainte , ni nécessaire courage, paisible demeure, l’Amour est encore en ces lieux pourtant abandonnés.
Jeudi 4 Octobre 2000
07h30 C’est Olivier qui relancera le feu du dehors. Francis tient à chauffer lui-même le café de Fabienne qui réclame déjà , par de sombres ronflements, son bol du matin. La maisonnée s’anime et chacun à l’ouvrage nous remplissons nos taches du matin ; chevaux, Petit-Déjeuner copieusement agrémenté du pain grillé sur un bon feu de bois …Toilette, bardât. . .Le bat à charger sur Orone sonne la fin des préparatifs de départ.
10h00 La troupe reprend sa marche vers le refuge de Mangano, azimut au sud-est, nous attaquons la journée par un sentier étroit, naturellement creusé dans la pierre et bordé de gros rochers ronds qui souvent en défendent le passage, escalier désolé à flan de montagne, pour arriver enfin , tout en bas de la vallée, dans la magnifique forêt du Valdu niellu qui nous offre un majestueux spectacle de pins Larricciu, âmes de nos forêts, patientes élévations figées par le temps et le silence de ces lieux que seuls les sabots de nos chevaux ou la fuite du mouflon à peine aperçu viennent troubler. Jadis ce noble arbre était utilisé pour bâtir les navires marchands de la Lloyds et les bâtiments de guerre de Nelson. Celui-ci n’est-il pas enterré dans un fut de Larricciu de L’Ospédale. L’hiver, la foudre implacable sonne brutalement le glas des plus hauts spécimens, mais nul de ramasse leurs restes. Respectueux, nous glissons lentement sur la piste traversière, chemin de ronde de Paoli qui veillait sur ses terres, jusqu’à, « pieds à terre » attaquer une rude escalade jusqu’au Col San Petru ( 1452m).
13h00 Au sommet sur un étroit plateau, une vielles chapelle enferme St Pierre, statue recollée par une main charitable. Gardant son secret, pieusement à l’évidence, Francis allume là aussi une bougie prés de la croix.
Nous déjeunons d’une sardine, d’un fromage et d’un fruit, sur une bâche étalée sur le sol humide pendant que les chevaux, rennes pendantes pour freiner leur démarche, broutent les touffes de thyms et l’herbe rare et rase.
Prétextant « un changement du temps pour l’après–midi » Francis nous distribue des barres de céréales grany à ne plus savoir qu’en faire. Nous comprenons bien vite pourquoi le déjeuner fut léger et les grany nombreux, le temps n’était pour rien dans l’affaire, mais la cote soudaine étire la caravane dans le brouillard , de Francis à Fabienne, jusqu’à , grand réconfort de n’être pas tous seuls dans ce monde perdu, rencontrer un groupe de marcheurs suisses allemands qui, sur le chemin étroit, laissent place à nos montures pour les admirer et nous photographier (malgré la brume). Plus tard 3 poneys sauvages nous croisent, un est entier, il excite un peu nos juments qui voient là moyen de se distraire de leur lourde tache.
Mais Francis chasse vite l’impétrant.
15h00 Nous atteignons, pressant le pas sous une pluie fine qui remplace peu à peu la brume, la Bocca a Reta (1860m) avant de dévaler sur les cailloux creusés par les eaux ruisselantes et les tourbières vers le lac de Nino (1743m)
16h00 Le lac de Nino où 2 autres poneys sauvages nous attendent, curieux de cette cavalerie qui repeuple soudain cet immense domaine. Un Héron chasse la truite et nous montre sa prise, sans la lâcher, évitant avec soin d’imiter le corbeau de la fable. Francis s’essaye en dompteur de chevaux sauvages son l’œil curieux d’un marcheur de l’autre rive au zoom crépitant. Puis nous longeons le lac Stagnantu, marquant le haut de la vallée du Tavignano et par un étroit passage au cœur des rochers taillés par les vents nous entamons la descente vers la bergerie de Vaccaghja (1590m).
18H00 Au loin l’horizon, semblable à l’âtre brûlant, la nuit s’illumine d’un rouge pourpre que le soleil attise pour un moment encore, avant que lune ne vienne. Elle est pleine ce soir sur la montagne qui ne dormira pas. Noël le berger nous attends avec ses amis. Nous sommes en terre de connaissance car notre muletier est là aussi, rigolard à voir notre surprise qu’il soit arrivé avant nous ; par quelle route, secrète, réservée ?. . . Tous nous accueillent en nous félicitant, valorisant ainsi notre effort d’avoir choisi les crêtes pour rejoindre Vaccaghja. Le café répand son arôme et nous attire tous, avant le rituel déchargement, dans la chaude bergerie de Noël. Une nuit d’Amitié se prépare. Au loin deux silhouettes se dessinent, les amis de Natale (Noël) nous rejoignent, venant du refuge du Mangano dont ils ont la grade toute la saison. Cette nuit qui sera sans doute la plus vivante de notre aventure, retrouvailles, Chants de victoire et discours enflammés, solennels rythmeront la soirée jusqu’à tard.
Vendredi 5 Octobre 2000
06h00, Le muletier cherche ses ânes , les chevaux étaient tous attachés aux anneaux disponibles et les ânes du muletier étaient autorisés à se promener sur le plateau, portant aux membres des entraves rustiques dont ils ont l’habitude. Mais au matin . . . Les ânes se sont échappés et le muletier , parti très tôt à leur recherche, les trouvera à 5 km de là, paisibles, broutant un herbage accueillant. . . Noël est resté une semaine de plus en montagne pour le plaisir de passer un moment avec nous, tout comme nos deux amis venus nous rejoindre depuis Mangano. Notre muletier ne fera pas le retour à vide vers la vallée ; il transportera l’attirail de Noël jusqu’au village, en bas.
07h00 La maisonnée s’anime, pêle-mêle, c’est en cœur que l’on s’installe devant le café de Noël, comme si, depuis la veille, la soirée avait continué. L’ambiance est encore là. Embrassades sincères entre amis qui vont se quitter pour de longs mois et encore une fois toutes les recommandations pour la route et l’hiver qui viendra.
10h00. Nous reprenons notre route sous un beau et fragile soleil. Martine, notre amie suisse, émue en oubliera quelques objets qui obligera notre caravane à revenir sur ses pas, heureux intermède pour de nouvelles embrassades . . . Courte étape prévue aujourd’hui, a Bocca d’Acqua Ciarniente, presque en face du refuge de Mangano, fermé la veille par nos deux amis, limite entre le Nord et le Sud,( nous suivrons pendant quelque jours cette limite administrative), nous montons et descendons sans cesse, pour rejoindre le refuge de Pietra Piana, puis le lac de Creno (1310m), joyaux de la montagne Corse ou flirte nénuphars et plante carnivores endémiques.
13h00 Nous déjeunons au bord du Lac après la séance Photo-à-Cheval . Foccu, le cheval d’Olivier accuse une faiblesse due à la suralimentation. Par précaution Francis lui ponctionne un peu de sang pour éviter la fourbure et Olivier soucieux de son état, évitera de brusquer sa monture jusqu’au soir .
14h00 Nous reprenons la marche vers Orto, observés par une tribu de chèvres sauvages, qui nous suivent telles les sioux sur la crête dominante, abandonnant leur curiosité à l’approche de la passerelle prés du village d’Orto (800m). Au loin, haut perché sur une énorme pierre ronde, un aigle royal domine la vallée. Nous croisons le gardien du refuge du lac, sur son cheval corse accompagné de son chien, et le temps passe vite , dans une discussion gastronomique traitant des champignons et des merveilleux plats que Fabienne nous réserve . . . Foccu en profite pour se reposer de l’effort qu’il a du fournir dans la dure descente que nous venons d’emprunter, mi-maquis, mi-rocher, serpentant au mieux sur le dénivelé abrupte. Olivier et Fabienne, souffrant plus encore que l’animal, l’un tirant et l’autre poussant parviendront néanmoins à maintenir Foccu dans le groupe, malgré la raideur de ses membres. Orone, le dominant, faisant le lien entre nous quand derrière ils s’attardent.
15h30 Orto, Le Bar, seul commerce du village, n’est ouvert que le matin et malgré cela le village semble vivre, plein de joie une quotidienne mise en scène. Déjà les cuisines mijotent des soupes de légumes . .On nous invite au partage du festin mais : « Aio chi c’adda pidda a notte »,dit Francis, anxieux du soir qui approche, nous promettant une douche chaude si nous accélérons un peu le pas ; ce ne sera pas pour aujourd’hui mais la blague a du bon car elle réveille même Foccu qui semble comprendre l’humour de Francis. Nous nous éloignons du village pour plonger vers une vallée plus sauvage, presque austère, brumeuse à souhait, où le vent renaissant y trouve son haleine. Au loin le bruit d’une rivière puissante, et peut-être d’un chant. Le toit tout neuf d’une bergerie isolée sur un plateau brumeux, verticale perspective, accessible par le lit d’un torrent asséché, sinueuse saignée dans un maquis de ronces et de pierres roulantes sur le sol craquelé. C’est de cette endroit, très pauvre, encore en contrebas, que monte en s’amplifiant les chansons, l’unisson à peine couvert par le bruit permanent des cascades . Nous comptions nous abriter pour la nuit dans une des deux bergeries, celle qui l’an dernier prenait l’eau par le toit . . Qu’en est-il cette année ? Y-aura-t-il de la place pour huit invités de dernière minute ? Parvenus à proximité, nous stoppons notre marche, laissant, fausse décontraction, brouter nos monture dans l’herbe rare du plateau, sans avancer vers les bergeries qui de loin semblent peuplées d’une bien grande famille. Francis seul s’avance, « Salute » selon le rite ancestral , il saute le mur d’enceinte et disparaît derrière les pierres de taille, la maisonnée ne chante plus, les hommes parlent tout bas pendant que la mère nous crie, de loin, ses conviviales et chaudes embrassades : « aïo, approchez, soyez chez vous, aïo » . . .Les chants, muets pour un temps, reprennent de plus belle à l’intérieur, comme pour nous inviter à la fête joyeuse et au vin du Pays. Francis revient vers nous pour rassurer notre gène et nous apprend que les bergers sont en liesse car ils ont rénové le toit de la vieille bergerie et que ce soir ils comptaient partir pour Guagno. Nous serons donc les seuls occupants de ces lieux. Nous approchons, timides et heureux de notre sort et de connaître ces généreux bergers qui s’activent déjà à nous laisser la place. . . Incroyable humanisme dans l’hospitalité de celui qui s’efface, sans bruit, sans remerciement attendre, pour simplement être comme il se doit…Martine n’écoutant que son cœur saute le mur d’enceinte et embrasse la communauté ravie de cet élan naturel. Nous aidons le patriarche à bâter sa mule rustique ; « il faut toujours faire bien pour ne faire qu’une fois . . . ». Vite ils se mettent en route, pressés de nous laisser la place, conscients, à nous voir, de notre épuisement. Seul François, un berger, demeure pour nous couper du bois et très vite il découvre sa parenté avec Fabienne, « sa cousine » et décide de rester avec nous pour la soirée et pour la nuit. Etrange personnage, buriné, fort comme un taureau, le buste large et découvert, contrastant avec nos mines frileuses des marcheurs fatigués. Il surveille le feu et parle fort, de la vie qu’il souhaite, en montagne, quotidiennement dure et éprouvante, mais aussi très riche en émotion ,sur d’être dans la vérité, . . . celle de son père . . . Invitant la jeunesse à suivre son exemple pour « éviter la dérive des sociétés ».
Le couchage s’organise après un plat de pâtes au lardons et au thym dont Fabienne garde le secret , couronné par un fromage très très fort dont François le berger nous réservait une belle part au fond de sa besace.
Michelle est très inquiète cette nuit là. Est-ce le personnage de François ou l’étrange mise en scène du jour qui troublèrent « Paris » comme François l’appelait avec humour . . . Comme Joe le Kid pour Olivier. Pour comprendre le sens du personnage, Il est utile de faire le lien entre la rusticité du lieu et le rustre qui nous héberge pour n’y voir là qu’une grande tendresse, gauchement amenée .
05h45, Laissant place au fou-rire de la communauté et au rire jaune et nerveux de « Paris » , François, presque en cachette, pour ne pas nous éveiller et conscient de son état guilleret de la veille est déjà parti rejoindre la vallée.
Samedi 6 Octobre 2000
La nuit fût assez douce à ceux du dehors, Francis, Marc, Fabienne, Martine et plus douce encore à ceux du dedans, « Paris (Michelle) » , « Dunkerque (Elisabeth) », « Joe le Kid (Olivier) » , François le Berger, parti très tôt et Jean-Louis.
07H30 « Réveil Général, Préparez vous pour le petit-déjeuner en tenue correcte », Jean-Louis ravive le feu et réveille la troupe endormie. Les chevaux impatients déjà réclament le rituel . . .
10h00 Nous avons une pensée émue pour ces lieux que le berger ne fréquente plus qu’en villégiature, abandonnant son passé et sa source, qui se tarie de n’être jamais bue, désespérée jusqu’aux dernières larmes . . .
Remontant l’étroite saignée jusqu’au chemin de ronde, nous quittons cette image figée dans la brume matinale, espérant arriver à Guagno avant la fermeture de l’épicerie et du Bar, face à l’église.
Motivés par l’apéritif promis par Marc et Fabienne, (appel de la civilisation), et l’envie de chocolat nous nous hâtons, dévalant et grimpant gaillardement sans plus ressentir de fatigue, même Foccu est électrique ce matin. La dernière côte est ardue, plus de sentier, l’entre deux murs est aujourd’hui un énorme roncier infranchissable que Francis, Marc et Jean-Louis tenteront vainement de fendre à la hache. Fabienne pendant se temps explore les alentours pour trouver un passage, sous les ormes géants ourlés de milles lianes tropicales. Encore quelques coup de hache et nous voilà en vue des premiers maisons de pierre de la bourgade. L’apéritif sera mérité après un tel effort.
13h00 Nous installons le camp provisoire sur la place de l’église où nous retrouvons un des bergers de la veille venu nous saluer d’un grand sourire barbu ; « le cheval. . . il connaît, son père était mulateru . . . ». L ‘apéro, le Chocolat à l’épicerie du village et le journal du jour largement feuilleté précèdent un repas sur le pouce, le mur bas de la petite place sert de buffet campagnard, petit sandwich , du raisin sauvage et une orange à peine sortie de la balance locale. Dévotion à l’église pour en admirer le triptyque et les magnifiques fresques ; que de richesses insoupçonnées dans la montagne Corse. Martine disparaît avec le patriarche du village, barbe blanche et costume de velours marron, chapeau à large bord et l’inutile canne, pendante à son bras, accessoire de l’âge forçant la jeunesse au respect. Visite guidée du « Casonu », meubles anciens, la chambre encore intacte de sa mère « qu’elle repose en paix la Sainte Femme… », ciel de lit, tentures et broderie d’époque et le grimoire qui prouve encore que la demeure est noble. La cuisine s’ouvre sur un potager très riche, que cultive l’ancien, autarcie effrénée qui laisse peu de place au hasard, le raisin de la treille nous comblera en dessert. Martine gardera la broderie offerte, époque révolue qui transmet sa mémoire . . .
14h30 « Aio chi c’adda pidda a notte »,dit Francis qui s’agite soudain, agaçant quelque peu Manu venu nous rejoindre pour referrer certains chevaux dont Libecciu le cheval de Francis sur lequel il s’activait.
Notre marche nous entraîne vers le refuge de Caracuto (1240m) par un sentier forestier, éternelle variété des essences et des paysages . Nous avançons heureux de notre visite à Guagno, source de vie contrastant avec les adieux du matin.
La montée est longue et pénible et la piste étroite mais elle n’entame pas l’émotion ressentie qui nous aide à replonger sous les frondaisons du maquis, ventrée de mures impressionnantes. Au loin une chasse s’organise et la meute beuglante traque sa proie. Nous croisons un troupeau de vaches qui, à nous voir, rebrousse chemin vers l’amont, fuyant devant nous. Francis, premier de cordée, rieur et opportuniste, se cramponne à la queue de la dernière génisse qui , animée de bons sentiments et surtout guidée par la broussaille et l’abrupte coté, consent à la tracter, parcourant, équipage insolite, plus d’un kilomètre sur le sentier unique. Le sommet n’est pas loin, rapidement exténués par le rythme de l’animal et riant aux éclats de voir Francis grimper sans effort aux endroits les plus durs, nous soufflant d’un rythme saccadé de rires incontrôlables, nous suivons la vache tracteuse. . .« Le venin est dans la queue », dit Francis comme pour s ‘excuser de n’avoir pas d’autre choix ; la fin du sentier est ardue, pentue, couvert d’une végétation entrelacée sur un sol instable qui ralenti nos pas, jusqu’au cours d’eau mal endigué, comme une ultime protection camouflant au creux d’une gorge austère la petite bergerie de Caracuto, ultime affirmation du caractère des hommes qui ont vécu ici, obstinés, courage de l’opiniâtre berger qui n’a pas d’autre choix pour faire vivre ces bêtes, car l’eau est là, tout prés. L’abri est précaire, resserre presque inutile du pêcheur de truite, braconnier de tradition, qui y dépose son attirail. La nuit est presque là, il faut faire vite . . .
17h30 Nous installons les chevaux sous un énorme cerisier de montagne, veillant à bien nouer les longes aux branches hautes et flexibles de l’arbre ancien, énorme masse végétale, déjà assombrie par la nuit qui s’avance rapidement du fond de la vallée… Le rituel bâclé, les bardâts vidés prés de l’âtre . . . La cascade de la rivière « Grosso » nous ravive le sang quelque peu, Olivier en abuse et grelotte. L’ordinaire, si l’on peut dire cela des recettes de Fabienne, profite de la halte chez l’épicier, la soupe aux légumes et la viande grillée nous réconfortent.
La nuit sera confortable, chaude prés de l’âtre alimenté durant la nuit par Jean-Louis, acharné combat contre l’humidité qui mine peu à peu nos charpentes . . .
21h00 Fabienne veut nous lire un passage d’ Enemonde que l’on va apprécier . .
Dimanche 7 Octobre 2000
07h00 La bonne odeur du Pain grillé, que l’on se plaît maintenant à attendre avant d’ouvrir les yeux, léthargie matinale d’une troupe fatiguée qui cherche un bon motif pour sortir du duvet. Le calme de Francis éloigne de nos rêves les abrupts reliefs des jours précédents, inconscients que le pire des sommets nous attend, le col de Manganelo 1780 m , juge de paix du parcours, là où le caractère se doit d’être fort pour résister à l’envie de jeter des cailloux à celui dont dépend notre sort, Francis, cible de nos ressentiments quand la difficulté nous brûle la poitrine et que nos jambes en ont assez.
09h30 On s’assied de temps en temps, cherchant un projectile pour satisfaire l’idée longtemps ruminée par Fabienne en lynchant « cet être abject » . Mais ce sera autant d’embrassades et de satisfactions quand au sommet du col, surs d’être comptés parmi les hommes forts, nous pourrons contempler la montagne argentée, vaste dôme minéral surplombant les Basses Terres couvertes d’aulnes nains. Le marcheur devra prendre garde au « labyrinthe corse » où l’animal s‘égare quand il cherche à couper au travers du taillis. Celui-ci l’emprisonne, comme pour affirmer que tout n’est pas permis. Ici, la Nature domine encore son sujet. La montée est donc très dure. Nos compagnes de route empruntent à Francis sa méthode, tenant la queue du cheval précèdent comme lui s’accrochait à la vache. Fabienne regrettera longtemps sa fronde mais Francis a l’expérience des sages et se tient hors de portée des tirs et des (..) de notre cuisinière qui lui promettait pourtant la famine tout au long de l’effort. Nos chevaux soufflent régulièrement, relançant notre élan par de brusque poussettes du chanfrein, émouvante et amicale assistance de l’animal compatissant pour son gentil cornac.
12h30 Plus haut à gauche, le refuge de Petra Piana 1820 m, funeste endroit où jadis des marcheurs perdus dans la tempête n’ont pas su écouter les conseils et n’ont pas résisté aux glaces de l’hiver. Nous avons une pieuse pensée pour les acteurs de ce drame que la montagne pleure encore . . .Francis nous parle alors de la halte de la mi-journée aux bergeries de Gialgo
13h30 c’est là qu’un berger moderne a installé ses quartiers d’été, profitable commerce grâce aux 12000 pèlerins montagnards qui visitent ces lieux par le GR 20. L’endroit est propre, accueillant et depuis l’aval, facile d’accès quand on suit le sentier balisé. Peu de marcheurs empruntent le raidillon du matin et nul ne s’aventure au fond de la vallée d’où l’on vient.
15h00 Nous plongeons donc vers Canaglia, première bourgade du fond de la vallée, dévalant avec aisance la piste bien tracée.
La pause de midi est tranquille, la sieste au soleil nous réchauffe de la moiteur que l’on transporte malgré nous, de jour en jour, rechargeant dans la nuit l’inutile fardeau. Le berger a déjà quitté sa montagne, l’hiver approche donc à grande enjambées donnant au beau temps actuel un coté éphémère. Aucun orage à l’horizon que l’on domine et pourtant on redoute résignés la grisaille à venir, punition du destin pour qui veut l’Aventure sans accepter son Rire et son Chagrin.
Nous avançons heureux d’un sol bien plus stable vers Tolla 1650m, plateau haut perché sur un replat du Monte Rotondo.
17h30 Le berger n’est plus là et nous devrons pour la nuit chercher refuge sous la toiture d’un bar de fortune qui fonctionne l’été ou au pied des grands pins séculaires qui donnent ombrages aux vieilles bergeries fermées. Seule concession des propriétaires, un peu de bois coupé, un potager ou nous trouvons des fraises de montagne et de rares haricots et sous la treille un raisin très amère que nous partagerons. La table s’organise et le menu dépendra du ravitaillement. Francis, Fabienne et Marc vont rejoindre Manu au village de Canaglia, voisin de quelques kilomètres, suivi d’Orone, notre cheval de bat.
A cent mètres de nous, adossés à un énorme rocher qui marque le début de la vallée de Canaglia , deux visiteurs venus d‘en bas se reposent de leurs efforts. Ils sont venus voir Francis, campagne électorale pour la ligue équestre de Corse, les candidats s’empressent autour de notre guide tant il est réputé, espérant qu’il accepte de co-signer la liste qu’ils comptent présenter . . Imaginez deux notables en costume, là, en pleine montagne, les poumons sifflotant d’un exercice rare, les élections se paient sans doute d’un bon prix . . . Las de cette montée, ils s’en iront sans faire les derniers pas pour venir jusqu’à nous, accompagnant Francis jusqu’au village, pestant de n’avoir pas su qu’il leur aurait suffit d’un peu plus de patience pour s‘éviter une telle suée. Nous sommes heureux de rester dans notre limpide univers. Nous ressentons vraiment ce sens du partage que la Nature exprime quand elle offre ce qu’elle a de mieux. Loin de nous le calcul d’avenir, nous palpons le présent comme une perle rare que l’on tient, tendre émotion, privilège des sens que Francis nous offre. . .
21h00 Nous dînons tard, de rires et d’histoires et nous nous régalons d’un chaudron de pâtes aux lardons façon Fabienne. Deux ânes corses gris aux membres zébrés « i crucini » tournent autour de notre campement, résonnant de rustiques et bruyantes clochettes, trop bruyantes pour notre sommeil. Ils nous épient, cherchant une faille à notre attention pour profiter du relâchement et manger quelques victuailles. C’est Jean-Louis qui leur offrira cette aubaine, cherchant un peu de silence, il ôte les cloches bruyantes, leur permettant alors de s’infiltrer sans bruit dés la troupe endormie ; tout y passe, les bats sont vidés et l’inventaire est fait ne nous laissant que quelques victuailles qui puissent encore être consommées . . .
La nuit est douce, chaude et sereine.
Lundi 8 Octobre 2000
07h00 Le bardât est vite bouclé, et le petit-déjeuner succinct, des restes humblement partagés. Ce matin, par un mimétisme familial immédiat, Francis et ses deux complices se rient de nous de leurs petits yeux malins. Nous donnons rendez-vous à Manu prés de Vizzavona pour ravitailler à nouveau la caravane démunie . . . |